La naturopathie prise en otage au Québec !

1 février, 2010  |  Publié en Naturopathie

La naturopathie québécoise est confrontée depuis son émergence dans les années 60, à un problème d’ordre idéologique, qui s’est amalgamé progressivement, à ce problème identitaire que l’on retrouve dans la société québécoise, à savoir cette opposition presque viscérale entre canadiens anglais et canadiens français.

Il faut savoir, que la majorité des pionniers qui ont contribué à l’implantation de cette discipline dans la belle province, ont été formés en Europe avec une vision très «hygiéniste» faisant appel aux facteurs naturels de santé, comme l’alimentation, l’eau, l’exercice, etc, donc à peu d’interventions thérapeutiques, à part le jeûne et quelques cures. C’est ainsi que la naturopathie québécoise a toujours privilégié une démarche plus éduco- préventive dans le but de maintenir l’équilibre du milieu interne ou terrain biologique et non de combattre des maladies.

Mais parallèlement à ce courant qu’on peut qualifier de non interventionniste, s’est développé dans le restant du Canada et des États-Unis, un autre courant plus interventionniste dit éclectique. Ce dernier faisant appel à une panoplie d’outils thérapeutique ou naturothérapies, en passant par la phytothérapie, l’aromathérapie, l’hydrothérapie, l’homéopathie et même à quelques manipulations et interventions bio-médicales mineures, sans délaissé les champs éducatif et préventif.

Enfin, depuis les vingt dernières années, un courant intégrationniste a vu le jour au Québec au sein de l’ÉESNQ. Un courant qui tente de concilier tant le non-interventioniste (Européen) que l’interventionniste (Américain), pour en faire un courant propre au Québec.

Mais la question qui se pose aujourd’hui, c’est à savoir : De ces trois courants, lequel a la légitimité de porter le nom de naturopathie ? Peut-on avoir un discours idéologique différent au sein d’une même profession ? La naturopathie québécoise peut-elle arriver à prendre la place qui lui revient dans notre système de santé, en continuant à présenter une image de division idéologique ? Pour répondre à ces questions, je vous propose de remonter brièvement le cours de l’histoire de cette discipline. Car, comme dit le dicton, « Pour savoir où l’on s’en va, il faut savoir d’où l’on vient! ».

Pour ceux qui ne le savent pas, c’est au Dr Benedict Lust, né en 1872 à Baden en Allemagne et qui a immigré aux États-Unis d’Amérique en 1892, que nous devons aujourd’hui cette profession à part entière qu’est devenue la naturopathie. Adepte de l’hydrothérapie, Lust ouvrira à New York la « Société Kneipp », sous la gouverne du père Sébastien Kneipp, célèbre propagandiste de cette discipline en Europe. À la mort de ce dernier, survenue en 1897, n’étant plus lié aux seuls préceptes de l’hydrothérapie, Lust commença à s’intéresser à d’autres disciplines à la mode, telles que l’ostéopathie, la chiropractie et l’homéopathie. Pour donner plus d’envergure à la Société Kneippe, il décida alors d’y incorporer l’enseignement d’autres approches thérapeutiques.

À partir de 1898 Lust commença à utiliser le mot « naturopathie » formé de deux mots anglais, « nature » et « path », soit la « voie de la nature ». Ce mot ne venait pas lui, il a été utilisé pour la première fois en 1895, par John H Scheel membre du courant éclectique, formé de médecins allopathes américains qui voulaient se dissocier de certains concepts de la médecine officielle de l’époque, pour pouvoir utiliser d’autres concepts, tout en maintenant des exigences et des standards pour faire de cette nouvelle discipline une pratique médicale acceptable.

Quelques années plus tard, Lust rebaptisera la Société Kneipp, du nom de Société naturopathique d’Amérique, laquelle deviendra à son tour, l’American Naturopathic Association (ANA). C’est Lust qui fonda également à New York en 1902, la première école de naturopathie, l’American College of Naturopathic, dans laquelle il investira des capitaux importants et des ressources personnelles, dans le but de donner naissance à une nouvelle profession médicale, la Naturopathie.

Ainsi, sans l’ombre d’un doute, on peut dire à juste titre, que Benedict Lust peut être considéré comme le père de la médecine naturopathique. C’est lui qui formera la majorité des pionniers qui feront la promotion de cette profession de part le monde, y compris en Enrope. Il définissait, la naturopathie comme

« l’usage de méthodes préventives et curatives non toxiques, inspirée des meilleurs systèmes médicaux traditionnels du monde. ».

Malheureusement, à la mort de Lust, de nombreux clans commencèrent à s’affronter. Les registres professionnels et les associations fleurirent comme des champignons. Les querelles de chapelles se multiplièrent de part le monde. Même le Québec ne sera pas épargné par cette vague qui verra apparaître les premiers naturopathes formés en France et ailleurs. Ce sera le cas du Dr Raymond Barbeau, considéré à juste titre, comme le père de la naturopathie Québécoise. Il a été formé par le Dr Jauvais discipline du professeur Marchesseau père de la naturopathie Française et élève lui aussi de Lust.

Quelques actions furent menées au cours des années au Québec, pour tenter de regrouper les différentes factions en présence, mais sans arriver à solutionner le problème de fond, soit celui de déterminer le profil de compétence pour porter le titre de Naturopathe.

Au Canada anglais, celui qui prendra le flambeau pour mener cette lutte et qui arrivera à hisser la profession de naturopathe, au plus haut niveau de qualité et de reconnaissance sera le Dr Arno R Koegler. Également d’origine allemande tout comme Lust, il arriva au Canada en 1923. Il s’installera à Kitchener et ira par la suite entreprendre des études de naturopathie au USA à l’école de Lust.

Entre 1956 et 1972 il présidera l’International Society of Naturopathic Physicians (ISNP) qui visait à fédérer l’ensemble des naturopathes du Canada. L’ISNP a été remplacée par l’Association canadienne de médecine naturopathique (CAND) qui travaille pour que la grande famille naturopathique canadienne, y compris la branche québécoise, puisse rejoindre celle d’Amérique, pour en faire une seule et même famille, comme le père fondateur de la profession, B. Lust, y aspirait.

Plus de cent ans se sont passés, maintenant la naturopathie peut être fière d’être devenue une profession reconnue légalement à part entière dans cinq provinces canadiennes, 14 états américains et plusieurs pays du monde. En Amérique, elle s’est dotée d’une structure crédible, regroupant des organisations reconnues, chargées de normaliser la profession et de négocier avec les gouvernements concernés les champs de pratique pour leurs membres. Il s’agit de:

- American naturopathic medical accreditation board (ANMAB)

- North American Board of Naturopathic Examiners (NABME)

- Council on Naturopathic Medical Education (CNME)

C’est pourquoi que les naturopathes du Québec, pour avoir le droit de porter légalement le titre de NATUROPATHE en dehors de la province, doivent obligatoirement répondre aux exigences de ces trois organisations qui autorisent un praticien à porter le titre de DOCTEUR EN NATUROPATHIE (ND), seulement, une fois passé le Naturopathic Physician’s Licensing Examination (NPLEX).

Au mois de mai 2009, les membres de l’Association des naturopathes agréés du Québec (ANAQ) ont voté à l’unanimité pour donner le mandat à leurs dirigeants, d’entreprendre les démarches pour rencontrer les exigences de ces trois organisations. L’histoire nous dira s’ils sont arrivés à relever ce défi…

Jean-Claude Magny N.D.. Ph.D

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L'école d'enseignement supérieur de naturopathie du Québec Inc. (É.E.S.N.Q.) est le fruit d'une des nombreuses initiatives du Centre de recherche et d'éducation orthobiologiques (CRÉO), organisme fondé en 1983 par Jean-Claude Magny, N.D., et regroupant une équipe pluridisciplinaire.
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