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Infolettre NaturoMag
Le courrier naturopathique
Édition printemps 2007
Une publication de la
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Dossier
Plaidoirie pour une démarche éducative
en santé au Québec.
De nos jours, le mot santé est utilisé, à tort ou à raison dans différents contextes. On parle de « santé mentale » de « santé financière » de « santé globale », de santé « naturelle » et de bien d’autres formes de santé.
La santé c’est aussi le souhait que nous faisons le plus souvent aux gens que nous aimons, en début d’année. Car prospérité, amour, bonheur ne semblent être possibles que si l’on est en santé.
Mais c’est quoi exactement la santé ?
On peut dire, sans trop se tromper, que pour le commun des mortels, la santé c’est un certain état de bon fonctionnement de l’organisme humain. Un état qui permet de manger, bouger, respirer, en d’autres mots de vivre pleinement et librement sa vie de tous les jours, sans grand malaise ou indisposition.
Cette conception de la santé n’est pas loin des définitions officielles qu’en donne l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
« La santé est un état de bien être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. (1949).
La santé, c’est l’aptitude pour identifier et réaliser ses aspirations, satisfaire à ses besoins et modifier ou faire face à son environnement. (1986) »
C’est ainsi que nous sommes prêts à tout, ou presque, pour préserver ou retrouver cet état tant objectif (absence de malaises) que subjectif (mieux-être global) qu’est la santé ? La preuve, selon statistique Canada, collectivement nous avons investi en 2006 au Canada quelques 148 milliards de dollars, soit environ 4 500$ par habitant !
À noter, qu’une part importante de ces dépenses est d’ordre personnel, à cause d’un désengagement de l’état dans ce domaine et parce que nous sommes disposés à payer pour toutes sortes de nouveaux services et produits non assurés par l’État pour préserver notre capital santé. On retrouve dans cette catégorie de services, les médicaments sans ordonnance, les produits naturels, les services offerts en pratiques alternatives et complémentaires en santé, les psychothérapies, les séjours dans les centres de mieux-être, etc.
De nos jours, nombreuses sont les personnes dans les pays riches qui font beaucoup d’efforts pour rester jeunes et en santé. Malheureusement cette quête pour la santé est loin de se généraliser au sein de la population mondiale. Car, la majorité des individus mangent encore mal et sont sédentaires, d’où une augmentation des problèmes qui se rattachent à ces mauvaises habitudes, comme l’obésité, le diabète, les problèmes cardio-vasculaires, les cancers, etc.
D’un autre côté, paradoxalement, selon un sondage SOM-La Presse- Le Soleil, plus de 90% des Québécois veulent que les écoles bannissent la malbouffe et encouragent leurs enfants à être plus actifs physiquement. La population aimerait que l’état accorde plus de temps à l’enseignement de l’éducation physique et à l’éducation à la santé.
La santé selon le GRAIS
Notre conception de la santé repose sur les trois axes que proposent les grands courants en santé.
Premier axe :
Il s’agit de l’axe dit fonctionnel ou biomédical, opposant, dans une vision objective, mesurable et quantifiable , SANTÉ et MALADIE. En d’autres mots, l’état de santé se définit par l’absence de symptômes ou de maladies.

Deuxième axe :
Il s’agit de l’axe perceptuel ou psychosomatique, opposant dans une vision subjective le MIEUX ÊTRE et le MAL-ÊTRE. En d’autres mots, l’état de santé se définit par un « état d’esprit » positif (bien-être) ou négatif (mal-être). Ainsi, plus on se sent bien, plus on « pense » être en santé.

Troisième axe :
Il s’agit de l’axe adaptatif ou évolutif, opposant dans une vision dynamique ADAPTATION et NON-ADAPTATION. En d’autres mots, l’état de santé se définit par la capacité d’adaptation de l’organisme à ses environnements : interne, externe ou bio psycho social.
Notre conception « intégrée » de la santé tient compte de ces trois axes à savoir : fonctionnel, perceptuel et adaptatif dans une vision complémentaire intégrative. C’est ainsi que nous pensons que pour être santé, il faut dans un premier temps l’individu arrive à une bonne perception en « écoutant son corps ».. Ce qui conduit inévitablement à une bonne adaptation et par ricochet à un bon fonctionnement de son organisme en général.


L’éducation à la santé
Le concept d’éducation à la santé, repose en grande partie, sur le changement de conceptions ou de perception en matière de santé. Les pensées « saines » ou réfléchies, sont à l’origine d’un état de santé global harmonieux. Ce qui nous amène dire qu’il s’agit là, d’une vision « écologique en santé ».
On retrouve dans la pyramide de la santé présentée en 1978 lors du premier congrès sur la promotion de la santé, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’éducation à la santé. Dans cette illustration, l’OMS voulait montrer la complémentarité des différentes composantes dans un système de santé idéal.
Ainsi, l’éducation à la santé ne se limite pas à de simples mesures d’hygiène publique. « c’est toute combinaison de méthodes d’apprentissage destinée à faciliter l’adoption volontaire de comportements conduisant à la santé. »
Depuis les dernières années, l’éducation à la santé est devenue une priorité en santé publique. Car elle vise à rendre l’individu autonome en le responsabilisant davantage dans le développement de ses capacités à faire face à ses problèmes de santé : en particulier ceux ayant un impact sur son mieux-être, sur sa qualité et sur son espérance de vie en bonne santé.
Le champ d’intervention de l’éducation à la santé est celui de la « prévention active » contrairement à la « prévention passive » faite à l’aide de programmes de vaccination, de dépistages précoces de maladies et d’autres actions prophylactiques de santé publique, menées par des professionnels de la santé ayant une vision biomédicale.
La prévention active que propose l’éducation à la santé, passe par l’autonomisation des individus en matière de santé. Dans cette perspective l’éducateur à la santé travaille en particulier sur les croyances ou « savoirs » qui conditionnent les comportements individuels et collectifs dans la conduite de vie.
Elle vise en particulier le changement des fausses conceptions, à contourner les connaissances obstacles par la promotion et la prévision des facteurs individuels promoteurs des déséquilibres dans cette organisation structurelle complexe qu’est le corps humain.
Fig I
La pyamide de la santé selon l’OMS

Les champs d’intervention de l’éducation à la santé se situent ainsi à trois niveaux distincts mais complémentaires qui sont:
a) La prévention primaire, AVANT la maladie:
Elle vise à identifier les prédispositions ou facteurs initiateurs et à contrôler les facteurs promoteurs de déséquilibres organiques. Il s’agit en d’autres mots de prendre conscience de nos susceptibilités héréditaires et génétiques et de travailler sur ces sensibilités en lien avec les grands déterminants de la santé que sont nos habitudes de vie, l’environnement, les stress négatifs et certains soins de santé ayant des effets secondaires;
b) La prévention secondaire, PENDANT la maladie:
Elle vise à corriger les causes d’un déséquilibre spécifique : causes découlant indirectement de facteurs initiateurs souvent incontrôlables et directement de facteurs promoteurs et déclencheurs, généralement contrôlables.
Prenons comme exemple, des problèmes cardio-vasculaires ayant pour facteur initiateur certains médiateurs chimiques intervenant sur le rythme cardiaque, la tension et la contractilité artérielle. C’est le cas, entre autres, du taux de l’angiotensine II qui est déterminé par le bon fonctionnement d’un gène à savoir le ACE et sur lequel on a très peu de contrôle directement.
En ce qui concerne les facteurs promoteurs, plus contrôlables que les facteurs initiateurs, de problèmes cardio-vasculaires on peut citer les graisses animales, la sédentarité, le tabagisme, le stress chronique, etc.
Enfin pour ce qui est des facteurs déclencheurs, il s’agit en quelque sorte de la limite d’adaptation de l’organisme, ou du seuil de tolérance, face à un facteur promoteur. C’est en d’autres mots « la goutte d’eau » qui fait déborder le vase. Exemple : un repas trop riche en graisse, peut déclencher une crise de foie. Mais avant cette crise, la personne en question était une grosse consommatrice de graisses animales.
c) La prévention tertiaire, APRÈS la maladie:
Elle vise à éviter les risques de récidive du déséquilibre, causé par le facteur déclencheur qui vient d’être identifié et corrigé en prévention secondaire. Il s’agit en quelque sorte de mettre en place un plan de stabilisation personnalisé à plus long terme, pour contrer les rechutes.
La prévention tertiaire concerne les facteurs promoteurs, elle est complémentaire à la prévention secondaire, car c’est elle qui permet en quelque sorte de consolider l’état de santé et de corriger les croyances ou les fausses conceptions ayant entraînées ce déséquilibre de l’organisme.
Prenons les cas d’un malaise digestif lié à la consommation d’un repas trop riche en graisses animales (facteur déclencheur). Il s’agit en prévention tertiaire de travailler sur l’hygiène alimentaire (facteur promoteur) à fin d’éviter ce genre de déséquilibre (malaise digestif) tenant compte des prédispositions génétiques (facteur initiateur) de la personne concernée.
En matière d’éducation à la santé par une prévention active, la priorité devrait être accordée à la prévention primaire. Un bon programme de prévention primaire personnalisé (PPPP) devrait pouvoir éviter ou pour le moins réduire l’incidence des problèmes de santé, nécessitant des interventions en prévention secondaire au sein d’une population.
Depuis quelque temps, on parle même d’une prévention quaternaire. Ce type de prévention s’adresse aux personnes du troisième âge. À savoir celles ayant entre 65 et 74 ans et qui sont sans dépendance, en bonne santé, sans obligation de travailler et sont en mesure d’atteindre leurs objectifs personnels de vie.
Mais avec les avancement de la science du vivant et de l’amélioration de la qualité de vie, de plus en plus de gens dépassent cet âge limite de 74 ans. C’est ainsi qu’on parle aussi de quatrième âge pour les individus ayant entre 75 et 84 ans et même de cinquième âge pour ceux compris entre 85 ans et plus.
Cependant, il ne faut pas perdre de vue, que tout le monde ne vieillit pas de la même manière, ni au même rythme. La santé, où l’âge biologique étant tributaire comme nous l’avons écrit plus haut des différents déterminants, fait l’objet de la prévention primaire et non pas uniquement de l’âge chronologique déterminé par la date de naissance.
Ces trois niveaux de prévention (primaire-secondaire-tertiaire) que nous venons de décrire, sont de la responsabilité d’un éducateur à la santé. La profession d’éducateur à la santé est en pleine émergence dans de nombreux pays, ces dernières années.
Car, devant l’importance qu’occupent les habitudes de vie, de nombreux pays ont choisi de confier à part entière, ce secteur d’intervention à un professionnel. Il s’agit de l’éducateur à la santé, dont le rôle s’apparente à celui d’un intervenant en santé communautaire, mais de façon plus individuelle que collective.
On peut dire que les compétences d’un éducateur à la santé sont celles d’un intervenant en santé ayant pris l’option psychopédagogique plutôt que clinique. Suivant le curriculum d’étude, celui-ci peut œuvrer comme planificateur de PPPP, comme intervenant au sein d’organismes internationaux ou gouvernementaux, dans les institutions du réseau de la santé, dans des cliniques privées, auprès des groupes de médecine familiale, dans les organismes communautaires et dans les maisons d’enseignement publique ou privé.
Il est vrai que le champ d’intervention de l’éducateur à la santé n’est pas un champ qui lui est exclusivement réservé, étant donné la diversité des domaines d’étude touchés et les nombreux intervenants impliqués dans le développement globale de la personne : à savoir, les parents, les enseignants, les spécialistes de la santé (pour ne pas dire de la maladie), les infirmiers, les éducateurs physiques, les intervenants dans les centres de la petite enfance, les praticiens en pratiques alternatives et complémentaires en santé, etc. Tous ces intervenants sont autant de personnes susceptibles d’intervenir à un niveau ou un autre dans l’éducation POUR la santé d’un individu. Mais lequel en est le maître d’œuvre ?
Cependant ce qui fera la différence d’un intervenant à l’autre, ce sera le profil et le niveau de compétence acquis et officiellement reconnu. Qu’en est-il du rôle à jouer en naturopathie dans ce domaine et des compétences professionnelles acquises ?
Nous pensons, que parmi les missions qui incombent au praticien de santé naturopathe « enseigner pour prévenir » devrait être la plus importante.
CONCLUSION
Les solutions aux problèmes que rencontre aujourd’hui notre système de santé s’inscrivent résolument dans cette vaste démarche d’éducation à la santé et les naturopathes devraient pouvoir y jouer un rôle important, tenant compte de la vision étiologique de leur démarche d’intervention qui repose essentiellement sur la correction des déterminants de la santé et non pas uniquement sur l’utilisation de produits naturels pour soigner des déséquilibres à court terme. Ces produits constituent des moyens d’action complémentaire, ils font partie de la « boîte à outils » comme c’est le cas des remèdes de synthèse pour le médecin et non pas une fin en soi, comme certains groupes d’intérêts tentent de le laisser croire au public, afin de discréditer la profession, en qualifiant le naturopathe de « vendeurs de pilules ».
Éduquer en changeant les fausses conceptions du participant - Prévenir les déséquilibres organiques par une prise en charge de soi par soi des déterminants de la santé- Soigner les déséquilibres fonctionnels, en supportant les mécanismes d’auto guérison. Tels sont les trois champs d’intervention du praticien de santé naturopathe.
Malheureusement, pour pouvoir jouer pleinement le rôle de soignant, la loi médicale actuellement en vigueur au Québec concède aux médecins un monopole dans le secteur des soins. Cette loi devra donc être révisée pour céder aux naturopathes qualifiés du Québec, le droit d’intervenir également dans ce secteur, en complémentarité avec les autres intervenants du système de santé, dans une vision intégrée.
Mais pour y arriver, il faudra faire en sorte que le profil de compétence des naturopathes du Québec, puisse répondre aux exigences des autres professionnels de la santé.
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